Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/135

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DES PEUPLES NOMMÉS
SI FAN ou TOU FAN


Pour mieux comprendre ce que je vais dire, il faut se rappeler, ce que je n’ai touché qu’en passant, savoir que la petite ville de Tchouang lan est comme à l’angle de deux vallées : l’une va vers le nord jusqu’à la porte de la grande Muraille nommée Kia yu koan, longue de plus de cent lieues, occupée par les trois grandes villes de Lan tcheou, de Kan tcheou, de Sou tcheou et par plusieurs forts qui en dépendent ; l’autre vallée s’étend à l’ouest plus de vingt lieues jusqu’à Si ning, et est pleine aussi de petites places qui lui sont soumises, et qui rendent les Chinois maîtres absolus de tout le plat pays. Mais il n’en est pas de même des montagnes ; elles sont habitées par une nation différente de la nation chinoise qu’elle a au sud, et de la nation tartare qu’elle a au nord.

Les Chinois partagent cette nation en deux sortes de peuples, ils appellent les uns Si fan noirs, He si fan : et les autres Si fan jaunes, Hoang si fan ; non pas que les uns soient moins blancs que les autres ; car ils sont d’ordinaire un peu basanés, mais parce que les tentes de ceux-là sont noires, et les tentes de ceux-ci sont jaunes.

Les noirs habitent encore quelques méchantes maisons, ils paraissent peu civilisés, ils sont gouvernés par de petits chefs qui dépendent d’un plus grand. Ceux que vit le père Régis étaient habillés à la manière des habitants de Ha mi : les femmes avaient leurs cheveux partagés en tresses pendantes sur les épaules, et chargés de petits miroirs d’airain.

Les Si fan jaunes sont soumis à certaines familles, dont l’aîné se fait lama ou bonze tartare, et prend l’habit jaune, d’où sans doute est venu, comme j’ai dit, la distinction chinoise de Si fan noir, et de Si fan jaune.

Ces lamas pris dans la même famille, et qui gouvernent dans leurs quartiers, ont le pouvoir de décider les procès et de punir les coupables : ils habitent dans le même canton, mais séparés, sans faire cependant de gros villages. Ils ne forment le plus souvent que de petits hameaux composés de six à sept familles de leurs parents : ce sont comme autant de petits campements, siao in, car c’est ainsi qu’en parlent les Chinois dans des livres assez récents de géographie.

Le grand nombre loge dans des tentes ; plusieurs ont des maisons bâties de terre et quelquefois de brique ; ils ne manquent point des choses nécessaires à la vie ; ils nourrissent un grand nombre de troupeaux ; leurs chevaux sont petits, mais bien faits, vifs, et robustes.

Les lamas qui les gouvernent ne les inquiètent pas beaucoup, pourvu qu’ils leur rendent certains honneurs, et qu’ils paient exactement les droits de Fo, ce qui va à très peu de choses. Les Arméniens qui étaient à