Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/143

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plaintes que nous en avons fait, deviennent dès lors injustes ; tout ce qu’ils pourraient faire dans la suite, soit en pillant, soit en ravageant nos frontières, va être justifié par notre exemple. On se rendit à ses raisons, et il fut conclu qu’on refuserait les offres du gouverneur.

Y tai profita du loisir que lui donnait la paix, pour policer ses peuples, par de nouvelles lois, et par le soin qu’il prit de n’avancer aux emplois publics, que ceux qui en étaient les plus dignes. S’il apprenait que quelqu’un se distinguât par sa science et par son application à l’étude, il le préférait à ceux qui avaient une égale habileté dans le maniement des affaires.

Ayant entendu parler d’un lettré de grande réputation nommé Cham pi pi, qui n’avait d’autre mérite connu que celui de se rendre très habile, il le fit venir à la cour de l’extrémité du royaume. Il voulut l’interroger lui-même, et l’entendre discourir sur différents sujets : il en fut si satisfait, qu’il le nomma gouverneur de la ville et du département de Tchen tcheou, c’est maintenant Si ning.

Champ pi pi eut beau représenter qu’il n’était né que pour les livres ; que ce poste demandait un homme de guerre, et qu’à l’âge de quarante ans il n’était plus temps de faire son apprentissage des affaires d’État, le roi lui ordonna d’accepter ce gouvernement, et d’aller incessamment en prendre possession.

Ce prince, qui, par la sagesse et la douceur de son gouvernement, avait gagné le cœur de tous ses sujets, mourut sans laisser après lui de postérité. Ta mo, que les droits du sang approchaient le plus près du trône, fut reconnu sans nulle difficulté de tous les États pour le successeur légitime.

Ce fut un prince entièrement livré à ses plaisirs. Il vécut en paix avec ses voisins mais ses emportements, ses violences, et les cruautés qu’il exerça, le rendirent si odieux à ses sujets, qu’ils abandonnaient en foule leur patrie, pour se mettre à couvert de ses continuelles vexations. Ce fut par lui que commença la décadence de ce royaume.


842.

Le désordre augmenta bien davantage après sa mort : comme il n’avait point laissé d’enfants, ni nommé de successeur, un des ministres gagné par la reine veuve, fit d’abord proclamer roi le fils de Paivé son favori, et l’un des plus grands du royaume.

Au premier bruit qui se répandit du choix qu’on venait de faire, Kie tou na premier ministre d’État, courut au palais, et s’y opposa. — La famille royale est-elle donc éteinte, s’écria-t-il ? et n’est-ce pas un crime de chercher ailleurs un roi ? Son zèle lui coûta la vie : on le tua dans le temps qu’il se retirait.

Cette conduite de la cour révolta presque tous les esprits ; mais ils furent bien plus irrités, lorsqu’ils apprirent que ce roi qu’on leur donnait, n’était qu’un enfant de trois ans, dont le nom ne servirait qu’à autoriser toutes les entreprises du favori. Enfin le parti de la reine se trouva si puissant à la cour, qu’on fut contraint de plier, et de reconnaître ce jeune prince avec les cérémonies ordinaires.

Quand cette nouvelle vint à l’armée, qui était alors près des frontières,