Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas un pouce de terre inutile, mais les mûriers commencent à y devenir plus rares.

Entre Kia hing et ce village, à un point de partage où le canal se divise en trois branches, on trouve trois forteresses ou tours carrées bâties dans l’eau, et posées en forme de triangle. On nous dit qu’elles servaient autrefois de limites, lorsque les provinces de Kiang nan et de Tche kiang appartenaient à deux différents souverains.


Province de Kiang nan.

A 20 lis du village que nous quittions, nous passâmes près d’un autre appelé Hoan kia kiun tchin que nous laissâmes sur la gauche. Ce village est de la province de Kiang nan ; nous le prîmes d’abord pour une ville à cause de sa grandeur. Il est coupé et environné de canaux fort larges et tout couverts de barques ; la campagne est très bien cultivée et semée de hameaux. La multitude et la largeur des canaux, jointe à l’égalité des terres où l’on ne voit pas la moindre éminence, font juger que ce pays était autrefois entièrement noyé par le débordement des eaux, et que le Chinois extrêmement laborieux, en ouvrant ces canaux, y a ramassé les eaux répandues dans les campagnes, et a fait de ces terres inondées le plus fertile pays du monde et le plus commode pour le commerce. Nous avons compté jusqu’à douze villages, dont le plus éloigné n’était pas à mille pas de nous, sans parler de tous ceux qu’on découvrait dans le lointain.

Après tout, on nous a dit que ce pays, tout peuplé qu’il paraît, était désert en comparaison de Song kiang, de Nan king, et de la partie méridionale de cette province. Si toute la Chine était peuplée comme nous l’avons vue depuis Chao hing jusqu’à Sou tcheou, je n’aurais pas de peine à croire qu’elle contient beaucoup plus de monde que toute l’Europe ; mais on nous a assuré en même temps qu’il s’en faut bien que les provinces du nord soient aussi peuplées que celles du sud.

Après avoir fait dix lis nous arrivâmes à Pin vang, qui signifie vue égale. C’est un gros village que nous prîmes d’abord pour une ville à cause de la multitude des maisons et de ses habitants. Il est coupé en divers endroits par plusieurs canaux avec des ponts bien bâtis, et grand nombre de barques. Ces canaux tirent leurs eaux d’un grand lac qui est à l’ouest, par où les petites barques prennent leur chemin pour l’abréger quand elles veulent aller à Sou tcheou, et alors elles ne passent point à Kia hing.

Après ce village, le canal s’étend à perte de vue vers le nord, et continue, en droite ligne, avec la levée revêtue du côté de l’eau de fort belles pierres de taille. On découvre un autre grand lac à l’est, et ces deux lacs s’étendent jusqu’à Ou kiang. Ce fut la nuit que nous passâmes par cette ville, qui est, ainsi que les autres, coupée de beaux canaux. Avant que d’y arriver, nous passâmes sous l’arche d’un pont qui avait 48 pieds de largeur, et qui était haute de 25 pieds.

Une lieue avant Ou kiang nous trouvâmes sur la gauche à l’ouest que la levée était haute de sept pieds, et très bien revêtue de part et d’autre de pierres de taille, ce qui formait une espèce de pont solide : il était percé d’espace en espace de plusieurs arches, par où l’eau du canal communiquait avec la campagne, qui était semée de riz et toute inondée. Cette nuit-là,