Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/166

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rabattîmes ensuite vers l’ouest, quittant le grand canal qui continuait à perte de vue vers le nord. Puis nous naviguâmes sur un nouveau canal plus étroit que le premier, et qui traverse un faubourg bordé de maisons, long d’une grande lieue, et coupé de rues et de canaux.

Après ce que j’ai vu des murailles de la ville de Sou tcheou d’un côté seulement, de la grandeur de ses faubourgs, de la multitude des barques que nous y avons trouvées, et où logent des familles entières, je n’ai pas de peine à croire qu’elle ait plus de quatre lieues de circuit, comme on l’assure, et qu’elle renferme plusieurs millions d’âmes.

Au sortir de ce faubourg, le canal s’élargit considérablement, et s’étend en droite ligne à perte de vue jusqu’à un grand village divisé par des rues et des canaux, où est la douane de Sou tcheou. Depuis cette ville jusqu’à Voussie hien le canal est en ligne droite au nord ouest l’espace de cent lis, qui sont dix lieues. On ne voit que des barques, qui vont et qui viennent ; on en découvrait quelquefois plus de cinquante d’une seule vue. Un lieue après qu’on a passé la douane, on trouve un pont d’une seule arche qui est large de 50 pieds.

Voussie hien est une ville du troisième ordre de la dépendance de Tchang tcheou. Nous passâmes par le faubourg du sud qui est long d’une demie lieue : il s’étend de part et d’autre sur le canal. Nous côtoyâmes les murailles de la ville, et bien que nous n’en pûmes voir que la moitié, nous jugeâmes que son enceinte était de cinq quarts de lieue. Les murailles ont plus de 25 pieds de hauteur : elles sont peu fortes, mais propres et bien entretenues. La ville est environnée d’un grand fossé qui est une espèce de canal ; l’espace qui est entre le fossé et les murs, est fort uni, et en fait une promenade très agréable : les eaux qui y abondent, forment plusieurs îles à divers canaux, dont l’aspect est charmant : elles sont excellentes pour le thé ; on en transporte dans toute la Chine, et même jusqu’à Peking.

Nous passâmes la nuit dans cette ville là, et le lendemain nous continuâmes notre navigation sur le canal, qui s’étendait toujours en ligne droite au nord-ouest, avec une levée du côté de l’est très bien revêtue des deux côtés de pierres de taille.

La campagne est unie comme une glace et très bien cultivée. On y voit une suite continuelle de hameaux et de villages, qu’on aperçoit sans peine dans des plaines unies comme nos jardins, qui présentent à la vue le plus agréable spectacle, surtout quand la perspective se trouve terminée par quelque grosse ville.

Le 30 décembre au soir nous arrivâmes à Tchang tcheou fou, ville célèbre et d’un grand commerce. Nous ne fîmes que traverser un de ses faubourgs l’espace d’une demie lieue. Le canal était tellement couvert de barques qui se touchaient les unes les autres, qu’à peine pouvait-on voir l’eau.

Ce soir là on surprit deux voleurs, qui à la faveur des ténèbres s’étaient glissés dans notre barque. L’un d’eux trouva le moyen de s’évader. Nous empêchâmes que l’autre ne fût déféré au mandarin : on le renvoya, et il