Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/176

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de Yu tching hien : c’est une ville carrée, dont les murailles sont de terre battue, détrempée avec de la paille, et en plusieurs endroits de briques, cuites au soleil, et crépies d’argile. Les hôtelleries sont les plus misérables que nous ayons encore vues.

Outre un grand nombre de bourgs que le grand chemin traverse, on trouve fort souvent des hôtelleries sur le bord du chemin ; ce sont des appentis de roseaux, ou tout au plus de méchantes maisons de terre, où le petit peuple se retire. Sur la plupart des tours on voit ici des cloches de fer fondu assez grosses.

La journée que nous fîmes le 31 fut de 12 lieues. A deux lieues de la bourgade où nous couchâmes, nous laissâmes à gauche la ville de Pin yuen hien qui nous parut avoir environ deux lieues de tour. On voit dans un de ses faubourgs, par où nous passâmes, un peuple infini, et beaucoup de chantiers de bois de charpente, dont il y a apparence qu’on fait un grand trafic.

A huit lieues de cette ville nous trouvâmes Te tcheou, grosse ville située sur le grand canal de la Cour, et entourée de belles murailles de brique. Un de ses faubourgs par où nous passâmes, semble une ville par sa grandeur, et par le peuple nombreux qu’on y trouve.

Depuis Te tcheou, le chemin, qui auparavant était enfoncé, devient de niveau avec la campagne, et le plus beau qu’on puisse imaginer, à la poussière près. La plaine est unie comme un jardin, remplie de villages environnés d’arbres fruitiers, et diversifiée de bosquets de cyprès plantés sur les sépulcres, ce qui produit un effet très agréable à la vue. La terre est d’une argile un peu plus douce et plus grise. Les charrettes sont attelées de bœufs, de la même manière qu’on y attelle les chevaux en Europe : l’un sert de limonier, et porte une petite selle. Les maisons sont la plupart de terre et fort basses : le toit fait un angle si obtus, ou pour mieux dire, s’arrondit peu à peu de telle manière, qu’il paraît plat : il se fait de roseaux couverts de terre soutenue par des nattes de petits roseaux, qui portent sur des pannes et sur des solives. On peut juger par là des hôtelleries, qui dans cet ordre d’architecture sont bien moins ornées. On n’a point ici de bois de chauffage ; on ne se sert que de charbon de terre, encore doit-il être bien cher, car dans les hôtelleries on brûle le plus souvent des roseaux ou de la paille, dont il y a une grande abondance.

Le canal royal, qui est au nord de cette ville, était glacé, et nous vîmes dessus pendant environ une demie-lieue une file de barques qui semblaient se toucher. Depuis Hang hoa pou nous avons trouvé de temps en temps quelques tours ou petits donjons carrés, oblongs, faits de briques à deux étages : leur hauteur est d’environ 45 pieds, leur longueur de 50 à 60, et leur largeur de 18 ou 20 avec sept créneaux d’un côté, et trois de l’autre. Les villages sont la plupart fermés de petites murailles de terre avec deux portes aux deux extrémités de la rue, et sur ces portes des pagodes ou petits temples d’idoles.


Province de Pe tche li.

Le premier de février à quatre lieues de l’endroit où nos avions couché, nous entrâmes dans la province de Pe tche li, nous passâmes