Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/200

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Sa Majesté envoyait à Macao au-devant du père Grimaldi. Ce Père revenait à la Chine après un voyage en Europe qu’il avait fait par les ordres de l’empereur.

Le jour du départ fut fixé au 8 de juillet de l’année 1693. Le mandarin fut chargé de faire expédier les dépêches pour ce voyage par le Ping pou, ou tribunal souverain de la milice. il fut arrêté dans ce tribunal, qu’on me donnerait huit chevaux pour moi, et pour ceux qui seraient à ma suite, et que je pourrais partir le lendemain à quelle heure il me plairait.

Cette patente du Ping pou, qu’on nomme cang ho, consiste en une grande feuille de papier imprimée en caractères tartares et chinois, et munie du sceau du tribunal. La teneur de cette patente était en substance,

« Que le tribunal souverain de Ping pou me donnait ce cang ho par ordre de l’empereur, qui me députait de la cour pour son service, et voulait que je prisse ma route par Canton. Il ordonnait à tous les chefs des tribunaux des villes et lieux où il y avait des chevaux de poste, de me fournir sans délai le nombre des chevaux marqué, avec tout ce qui serait nécessaire sur la route, pour ma subsistance et celle de ma suite et de me loger dans les cong quan, ou hôtelleries publiques, où l’on a accoutumé de loger les officiers qui sont dépêchés de la cour, et que lorsque je serais obligé de prendre la route d’eau, de me fournir à proportion les barques et toutes les choses nécessaires pour mon voyage, etc. Le sceau qu’on y avait imprimé, était de trois pouces de large en carré, sans aucune autre figure ou caractère que le nom du tribunal du Ping pou, qui d’un côté y était gravé en caractères tartares, et de l’autre en caractères chinois : c’est la forme des sceaux de chaque tribunal de la Chine. Au bas de cette patente étaient les noms des présidents tartares et chinois du tribunal avec la date qui était ainsi conçue : Le 6e jour de la 5e lune de la 32e année du règne de Cang hi.

Ce fut donc le 8 de juillet que je partis de Peking à six heures du soir : je fis partir avant moi en poste un domestique pour avertir le mandarin, en la compagnie duquel je devais faire le voyage, que je le joindrais au rendez-vous, comme je le fis en effet, mais avec bien de la peine. Nous fûmes surpris de la nuit à trois lieues de Peking : il nous en restait encore quatre à faire : mais comme nous nous égarions à tout moment, je marchai neuf ou dix heures au milieu de l’eau et des boues, et ce ne fut que le lendemain à la pointe du jour que j’arrivai à la porte méridionale de Leang hiang hien où le mandarin m’attendait.

A peine fus-je descendu de cheval, qu’il fallut y remonter pour faire ce jour-là 140 lis, c’est-à-dire, deux postes de sept lieues chacune, la première jusqu’à Tso tcheou, et la seconde jusqu’à Sin tching hien.

Dans toutes les villes qui sont sur les grandes routes, il y ordinairement des y ma, c’est-à-dire, des bureaux où l’on entretient plus de 100 ou 150 chevaux de poste ; et quand les villes sont trop éloignées les unes des autres il y a des postes entre-deux. Quand on fait voyage avec le cang ho,