Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


demie jusqu’à Tao tchouen y. Ce jour-là, et les quatre jours suivants, nous marchâmes continuellement entre des montagnes infestées de tigres, et par des chemins très rudes. Comme l’extrême chaleur nous obligeait de partir deux ou trois heures avant le jour, nous prîmes des guides qui portaient des torches allumées, lesquelles nous servaient à nous éclairer, et à éloigner de nous ces bêtes féroces que le feu intimide.

Le 29 deux postes, l’une de six lieues jusqu’à Tsing keou y, et la seconde de six autres lieues jusqu’à Siao tche y.

Le 30 trois postes, la première de six lieues jusqu’à Fong hiang y, la seconde de six autres lieues jusqu’à Ting sien y terre de la province de Hou quang, aussi bien que la poste suivante qui fut de quatre lieues jusqu’à Hoang mei hien. Quoique le pays par où nous passâmes ces trois derniers jours et les deux suivants, soit affreux, et qu’il y règne continuellement de longues chaînes de montagnes désertes et incultes, les vallons et les campagnes qui les séparent en mille endroits, sont très fertiles et bien cultivées. Dans ce long intervalle de pays, il n’y avait pas un pouce de terre labourable, qui ne fût couvert du plus beau riz. J’admirai l’industrie des Chinois, car il est étonnant de voir, comment ils ont fait aplanir entre ces montagnes, tout le terrain inégal qui est capable de culture, et diviser comme en parterres celui qui est de niveau, et par étages en forme d’amphithéâtre, celui qui suivant le penchant des vallons a des hauts et des bas.

Le 31 nous fîmes trois postes : la première de quatre lieues jusqu’à Cong long y, terre de la province de Kiang si, la seconde de cinq lieues jusqu’à la ville de Kieou kiang fou, qui est sur le bord de cette belle et grande rivière appelée Kiang, c’est-à-dire, le fleuve par excellence. Vis-à-vis de Kieou kiang où nous le passâmes, elle est fort rapide, et a près d’une demie lieue de largeur. On y pêche d’excellents poissons et entr’autres une espèce de dorade nommé Hong yu, c’est-à-dire, poisson jaune, qui est très gros et d’un goût merveilleux. Nous logeâmes dans un véritable cong quan ou hôtel à la mandarine ; la grandeur des salles et des appartements bâtis en forme de pagode, me fit croire qu’il avait d’abord été destiné à être un temple d’idoles.

Comme les chemins étaient très rudes jusqu’à Nan tchang fou capitale de la province, éloignée de deux grandes journées, et que les chevaux du pays étaient très mauvais, nous suivîmes le conseil qu’on nous donna de prendre des chaises, et nous fîmes encore ce jour-là une troisième poste de six lieues jusqu’à Tong yuen y. Nous marchâmes une grande partie de la nuit. Les deux journées que nous avions à faire étant longues, au lieu de quatre porteurs, on nous en fournit huit à chacun pour se relever les uns les autres, et trois pour nos domestiques : ils étaient portés chacun par deux hommes, sur des brancards fabriqués avec deux gros bambous joints ensemble par le moyen de deux autres mis en travers : on nous fournit encore d’autres hommes, soit pour transporter nos bagages, soit pour porter des torches allumées, afin d’éclairer la route, et d’écarter les tigres. Avec ce secours nous fîmes sans fatigue, les deux journées les plus difficiles de notre voyage.