Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/283

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


couvertes de paille, élevées sur une espèce d’estrade haute de trois à quatre pieds, bâties en forme d’un entonnoir renversé de 15, 20, 30, jusqu’à 40 pieds de diamètre. Quelques-unes sont divisées par cloisons.

Ils n’ont dans ces huttes ni chaises, ni banc, ni tables, ni lit, ni aucun meuble. Au milieu est une espèce de cheminée ou de fourneau élevé de deux pieds et davantage, sur lequel ils font leur cuisine. Ils se nourrissent d’ordinaire de riz, de menus grains, et de gibier. Ils prennent le gibier à la course ou avec leur armes. Leur vitesse est surprenante : on les voit surpasser à la course les chevaux qui courent à bride abattue.

Cette vitesse à la course vient, disent les Chinois, de ce que jusqu’à, l’âge de 14 ou 15 ans ils se serrent extrêmement les genoux et les reins. Ils ont pour armes une espèce de javelot qu’ils lancent à la distance de 70 à 80 pas avec la dernière justesse ; et quoique rien ne soit plus simple que leurs arcs et leurs flèches, ils ne laissent pas de tuer un faisan en volant aussi sûrement qu’on le fait en Europe avec le fusil.

Ils sont très mal propres dans leur repas : ils n’ont ni plats, ni assiettes, ni cuillères, ni fourchettes, ni bâtonnets. Ce qu’ils ont préparé, se met amplement sur un ais de bois ou sur une natte, et ils se servent de leurs doigts pour manger, à peu près comme les singes. Ils mangent la chair à demi crue, et pour peu qu’elle soit présentée au feu, elle leur paraît excellente. Pour lit, ils se contentent de cueillir des feuilles fraîches d’un certain arbre fort commun dans le pays : ils les étendent sur la terre ou sur le plancher de leurs cabanes, et c’est là qu’ils prennent leur sommeil. Ils n’ont pour tout habit qu’une simple toile, dont ils se couvrent depuis la ceinture jusqu’aux genoux.

L’orgueil si enraciné dans le cœur de l’homme, trouve le moyen de se nourrir et de s’entretenir avec une pareille nudité : il leur en coûte même plus qu’aux peuples les plus polis, et qui se piquent davantage de luxe et de magnificence. Ceux-ci empruntent le poil des animaux, et la soie des vers, qu’ils brodent d’or et d’argent ; ceux-là se servent de leur propre peau, sur laquelle ils gravent plusieurs figures grotesques d’arbres, d’animaux, de fleurs, etc. ce qui leur cause des douleurs si vives, qu’elles seraient capables de leur causer la mort, si l’opération se faisait de suite et sans discontinuer. Ils y emploient plusieurs mois, et quelques-uns une année entière. Il faut durant tout ce temps-là venir chaque jour se mettre à une espèce de torture, et cela pour satisfaire le penchant qu’ils ont de se distinguer de la foule, car il n’est pas permis indifféremment à toutes sortes de personnes de porter ces traits de magnificence. Ce privilège ne s’accorde qu’à ceux qui, au jugement des plus considérables de la bourgade, ont surpassé les autres à la course ou à la chasse.

Néanmoins tous peuvent se noircir les dents, porter des pendants d’oreilles, des bracelets au-dessus du coude et au-dessus des poignets, des colliers, et des couronnes de petits grains de différentes couleurs à plusieurs rangs. La couronne se termine par une espèce d’aigrette faite de plumes de coq ou de faisans, qu’ils ramassent avec beaucoup de soin. Qu’on se figure ces bizarres ornements sur le corps d’un homme d’une taille aisée et