Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/436

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On dit que c’est elle qui fit regarder la petitesse des pieds, comme un des plus grands agréments du sexe, parce que les ayant elle-même fort petits, elle se les serrait avec des bandelettes, comme si en effet elle eût affecté de se procurer un agrément, qui réellement était en elle une difformité ; ce fut-là une sorte de beauté, que toutes les femmes se procurèrent à son exemple, et cette opinion ridicule s’est tellement perpétuée, et est si fort en usage, qu’une femme se rendrait méprisable, si elle avait les pieds de la grandeur naturelle.

On prétend de même que la quantité de lumières, dont elle éclairait le palais pendant toutes les nuits, afin de suppléer à l’absence du soleil, et de rendre en quelque sorte le jour continuel, a donné lieu à la fête des Lanternes, qui se célèbre tous les ans le quinzième de la première lune.

Tcheou se rendait de plus en plus détestable à ses sujets, qui gémissaient sous son gouvernement tyrannique. Ses parents les plus proches, voyant qu’il courait à sa perte, crurent devoir lui faire des remontrances sur sa conduite. Un de ses oncles qui prit cette liberté, ne put se sauver de la mort dont il était menacé qu’en contrefaisant l’insensé ; encore ce cruel neveu le fit-il mettre en prison, pour s’assurer si ce n’était pas une feinte : mais il fit si bien son personnage, que Tcheou fut persuadé que la folie de son oncle était réelle.

Un autre de ses oncles, croyant qu’il devait tout risquer pour retirer son neveu de ses égarements, alla au palais avec une intrépidité admirable, et préparé à tout ce qui pouvait lui arriver de plus funeste : il fut étranglé à l’instant par les ordres de l’empereur, qui lui fit ensuite arracher le cœur, et goûta le plaisir barbare de le considérer, moins pour contenter sa curiosité, que pour assouvir sa vengeance.


Cycle XXI. Année avant J. C. 1137.

Tant d’inhumanités poussées aux plus grands excès, soulevèrent enfin tout l’empire. Les princes et les Grands sollicitèrent Vou vang de se mettre à la tête d’une armée pour combattre le tyran, promettant de fournir le secours de troupes qui serait nécessaire.

Vou vang demanda du temps pour consulter le Ciel, et connaître quelle était sa volonté ; et cependant il continua les préparatifs de guerre que son père avait fortement avancés. Aussitôt qu’il se vit en état de le déclarer, comme s’il se fut assuré des ordres du Ciel, il marcha contre Tcheou.

Celui-ci se mit à la tête d’une armée beaucoup plus nombreuse, et alla au-devant de son ennemi. A peine eut-on donné le signal du combat, que la plus grande partie des soldats de l’armée impériale, mirent les armes bas, et se rangèrent du parti de Vou vang. Tcheou se voyant trahi, prit une résolution de désespéré ; il