Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/480

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impérial. Mais ayant été repoussés avec de très grandes pertes, ils s’enfuirent en désordre : alors il se fit une sortie générale de tous les endroits attaqués. On poursuivit les assiégeants avec tant de vigueur et de courage, que ce fut plutôt un carnage, qu’une défaite ; et ces six princes confédérés furent, ou tués par les soldats de l’empereur, ou se tuèrent eux-mêmes pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur.

L’empereur mourut la trente-septième année du cycle, et son fils Vou ti lui succéda.


VOU TI. Cinquième empereur.
A régné cinquante-quatre ans.


La prudence et la modération de ce prince, sa valeur, son application au gouvernement, son inclination pour les sciences, et la protection dont il honora les savants, l’ont fait regarder comme un des plus grands empereurs qu’ait eu la Chine. A peine eut-il rendu les derniers devoirs à son père, qu’il fit venir à sa cour les plus grands philosophes de l’empire, pour prendre leurs conseils sur le gouvernement de son État.

Comme il avait l’âme guerrière, il ne douta point que ces savants ne cherchassent à favoriser son inclination, et qu’ils ne lui proposassent de nouvelles conquêtes, afin d’établir l’ordre et la tranquillité dans les pays, dont il se rendrait le maître ; mais il fut étrangement surpris, lorsqu’au contraire ces sages ne lui parlèrent que du soin de maintenir la paix parmi ses peuples, et d’écarter les plus justes guerres, qui sont tôt ou tard très funestes à un État.

Quelque passion qu’eût Vou ti pour la guerre, il renonça dès lors à tous ses projets, pour ne s’occuper que des soins du gouvernement. Le seul plaisir de la chasse qu’il aimait, lui servait de délassement. Il avait fait entourer de murailles une grande étendue de terres, où l’on avait renfermé toutes sortes de gibier et de bêtes fauves : mais ayant fait réflexion que toutes ces terres n’étant point cultivées, devenaient inutiles pour son peuple, il aima mieux se priver d’un plaisir si innocent, que de donner lieu à ses sujets de se plaindre, ou de murmurer ; il se contenta de chasser dorénavant dans les parcs anciens, que ses prédécesseurs avaient fait faire.

Il fit plusieurs règlements très importants pour le repos de l’empire. Les princes, à qui on avait accordé une certaine étendue de pays en souveraineté, ne devaient avoir que cent lis de terres en carré, et quelques-uns d’eux s’étaient tellement accrus, qu’ils possédaient plus de mille lis.