Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/513

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Il était dur à lui-même, et il porta l’épargne, à ce qu’on assure, jusqu’à se servir pendant trois ans du même bonnet.

L’attachement qu’il eut dans la suite aux rêveries des bonzes, alla si loin, qu’il négligea entièrement les affaires de l’État, et que même il se fit bonze. Il porta un édit, par lequel il défendait qu’on tuât des bœufs ou des moutons, même pour les sacrifices, ordonnant qu’on offrît de la farine au lieu de ces animaux.

L’année quinzième de son règne, il assiégea la ville de Cheou yang, de la province de Chan si. Le siège dura dix ans, et il n’est pas croyable combien il y périt d’hommes soit dans les eaux, soit par le fer, ou par la faim.

C’est en ce temps-là qu’arriva l’entière décadence de l’empire du nord appelé Guei. Cette vaste domination fut partagée entre deux souverains, l’un de la partie orientale, et l’autre de la partie occidentale. Elle passa ensuite au roi de Tsi et de Tcheou. L’impératrice du nord appelée Hou, fit bâtir un monastère d’une si vaste étendue, qu’on y pouvait loger mille bonzes : elle lui donna le nom de Yong tching, c’est-à-dire, paix perpétuelle.

Il y avait vingt-six ans que l’empereur gouvernait ses États avec assez de succès, lorsque la fantaisie lui prit de quitter sa cour et d’aller habiter dans un temple de bonzes, où la tête rasée, et sous un vêtement grossier, il ne vivait que d’herbes et de riz. Les Grands de l’empire allèrent le chercher dans sa solitude, et le ramenèrent malgré lui dans son palais ; mais ils ne gagnèrent rien sur son esprit, et il continua d’y vivre à la manière des bonzes.

Selon les principes de la métempsycose, enseignée par les bonzes, il n’osait pas condamner les criminels à la mort que méritaient leurs crimes. Cette impunité augmenta la licence, et produisit une infinité de meurtres et de brigandages.

Le colao de l’empire, nommé Kien ouen, au désespoir d’être au service d’un usurpateur, se refusa toute nourriture, et se laissa mourir de faim ; genre de mort qui est assez commun parmi les Chinois.

Quand la nouvelle de cette mort vint aux oreilles de l’empereur : N’est-ce pas du Ciel, s’écria-t-il, que je tiens ma couronne ? En suis-je redevable aux Grands de l’empire ? quelle raison a donc pu porter ce misérable à se donner la mort ?

Heou king, qui était roi de Ho nan, et vassal de l’empereur, leva tout à coup l’étendard de la révolte, et se rendit maître de Nan king. On se saisit de l’empereur, qui parut devant son vainqueur avec une contenance ferme et assurée, sans donner le moindre signe d’émotion.

Le rebelle, quoique naturellement féroce, eut de la peine à soutenir les regards de son maître, et il fut si troublé, que la sueur coula de son visage : Je ne l’aurais pas cru, s’écria-t-il,