Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/593

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occidentales de Se tchuen, et de Ho quang ; et Li, qui passa dans les septentrionales, s’empara d’une grande partie de la province de Chen si, et après être entré dans celle de Ho nan, il assiégea Cai fong, qui en est la capitale, mais il fut obligé de lever le siège avec perte. 

Six mois après il l’assiégea de nouveau, et la résistance des assiégés fut si opiniâtre, qu’ils se réduisirent à vivre de chair humaine, plutôt que de se rendre. Les troupes impériales eurent le temps de venir au secours de la place. Le général de l’armée chinoise crut qu’en rompant les digues du fleuve Jaune, il ferait périr infailliblement dans les eaux l’armée des rebelles ; mais ceux-ci trouvèrent un asile sur les montagnes et ce que le général chinois n’avait pas prévu, ce fut la ville même, qui étant beaucoup plus basse que le fleuve, fut entièrement submergée. Trois cent mille habitants y périrent.

Cependant Li se rendit tout à fait maître des provinces de Ho nan et de Chen si. Il en fit mourir tous les mandarins, et tira des sommes considérables de tous ceux qui avaient possédé des charges : il n’y eut que le peuple qu’il traita avec bonté, et pour le mettre dans ses intérêts, il le délivra de toutes sortes d’impôts.

Cette conduite attira à son parti un grand nombre de soldats de l’armée impériale et il se vit si puissant, qu’il ne fit plus difficulté de prendre le titre et le nom d’empereur. Il s’avança ensuite vers la ville impériale où il y avait soixante-dix mille hommes de garnison. Mais il était sûr de n’y trouver nulle résistance : il savait les divisions qui y régnaient entre les mandarins et les eunuques, et d’ailleurs un grand nombre de ses soldats déguisés avaient pénétré dans la ville, et s’étaient assurés d’un gros parti qui lui en ouvrirait les portes.

En effet, dès le troisième jour qu’il y fut arrivé, les portes s’ouvrirent, et il y entra comme en triomphe à la tête de trois cent mille hommes. L’empereur était alors enfermé dans son palais, tout occupé des ridicules superstitions des bonzes, et ne sachant pas même ce qui se passait au dehors. Il ne put l’ignorer longtemps. Dès qu’il s’aperçut qu’il était trahi, il voulut sortir de son palais avec six cens de ses gardes, mais il s’en vit abandonné.

Alors dépourvu de toute ressource, et préférant la mort à la honte de tomber vif entre les mains des rebelles, il se retira dans son jardin, et après avoir écrit ces paroles sur le bord de sa veste, Mes sujets m’ont lâchement abandonné, fais de moi ce qui te plaira, mais épargne mon peuple, il fit tomber à ses pieds sa fille d’un coup de sabre, et se pendit à un arbre à l’âge de trente-six ans. Le premier colao, les reines, et ses plus fidèles eunuques