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LA FIN D’ANTONIA

Elle

Pourquoi troubles-tu mon repos ? qui t’a permis
De lever vers ma solitude tes yeux hardis ?
Qui t’a donné cette assurance
D’interrompre de tes paroles mon silence,
De mêler tes pitiés
Au cours de mes pensées ?
Va ta vie,
Et laisse que j’aille ma vie ;
Nous n’avons rien ici de commun ;
Suis ton chemin.

Lui

Oh ! qu’elle est belle, cette colère,
Cette fierté qui dans tes yeux s’exaspère,
Et ce dédain,
Et ton geste qui me chasse, et ce regard hautain !
Je me complais à cette voix irritée,
Et je m’attarde à contempler
Celle qui me repousse de sa vue et de sa pensée.
Ah ! que cette voix semble divine !
Et que ces yeux sont pleins d’émoi ! et que cet esprit que je devine
Éveille en moi d’échos
Nouveaux !
Et malgré moi,
Et malgré toi,
Ô femme, je veux rester