Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/61

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épaule, tantôt sur l’autre, et qui, selon toute probabilité, voulaient dire achetez, achetez. Les relations qui s’étaient établies jusqu’alors entre Miko-Miko et ses pratiques étaient donc purement et simplement des relations de gestes et de signes. Or, comme la belle jeune fille n’avait jamais eu l’occasion de faire une étude approfondie de la langue de l’abbé de l’Épée, elle se trouvait dans une parfaite impossibilité de comprendre Miko-Miko, et de se faire comprendre par lui.

Ce fut en ce moment que l’étranger s’approcha d’elle.

— Pardon, mademoiselle, lui dit-il, mais en voyant l’embarras dans lequel vous vous trouvez, je m’enhardis à vous offrir mes services : puis-je vous être bon à quelque chose, et daignerez-vous m’accepter pour interprète ?

— Oh ! monsieur, répondit la gouvernante, tandis que les joues de la jeune fille se couvraient d’une couche du plus beau carmin, je vous suis mille fois obligée de votre offre ; mais voilà mademoille Sara et moi qui épuisons depuis dix minutes toute notre science philologique sans parvenir à nous faire entendre de cet homme. Nous lui avons parlé tour à tour français, anglais et italien, et il n’a répondu à aucune de ces langues.

— Monsieur connaît peut-être quelque autre langue que parlera cet homme, mamie Henriette, répondit la jeune fille ; et j’ai si grande envie de cet éventail, que si monsieur parvenait à m’en faire dire le prix, il m’aurait rendu un véritable service.

— Mais vous voyez bien que c’est impossible reprit mamie Henriette ; cet homme ne parle aucune langue.

— Il parle au moins celle du pays où il est né, dit l’étranger.

— Oui, mais il est né en Chine ; et qui est-ce qui parle chinois ?

L’inconnu sourit, et, se tournant vers le marchand, il lui adressa quelques mots dans une langue étrangère.

Nous essaierions vainement de dire l’expression d’étonnement qui se peignit sur les traits du pauvre Miko-Miko, lorsque les accents de sa langue maternelle résonnèrent à son oreille comme l’écho d’une musique lointaine. — Il laissa tomber l’éventail qu’il tenait, et, s’élançant les yeux fixes et la bouche béante vers celui qui venait de lui adresser la pa-