Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/75

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Laïs une recrudescence de vertu. La soirée se passa donc à parler morale ; on eût cru que la maîtresse de la maison aspirait au prix Montyon. Cependant on avait pu voir que les yeux de la belle prêcheuse se fixaient de temps en temps sur Georges avec une expression d’ardent désir qui démentait la froideur de ses paroles. Georges, de son côté, trouva cette femme plus désirable encore qu’on ne lui avait dit. Et pendant trois jours le souvenir de cette séduisante Astarté poursuivit la virginale imagination du jeune homme. Le quatrième jour, Georges reprit le chemin de la maison qu’elle habitait, monta l’escalier avec un effroyable battement de cœur, tira la sonnette avec un mouvement si convulsif, que le cordon pensa lui rester dans la main ; puis, sentant les pas de la femme de chambre qui s’approchaient, il commanda à son cœur de cesser de battre, à son visage d’être calme ; et, d’une voix dans laquelle il était impossible de reconnaître la moindre trace d’émotion, il demanda à la femme de chambre de le conduire à sa maîtresse. Celle-ci avait entendu sa voix. Elle accourut, joyeuse et bondissante, car l’image de Georges, dont la vue lui avait fait, au moment où elle l’avait aperçu, une profonde impression, ne l’avait pas quittée depuis ; elle espérait donc que l’amour, ou du moins le désir, ramenait près d’elle le beau jeune homme qui avait produit sur elle une si profonde impression.

Elle se trompait : c’était encore une épreuve sur lui-même que Georges avait résolu de faire : il était venu là pour mettre aux prises une volonté de fer et des sens de feu. Il resta deux heures près de cette femme, donnant un pari pour prétexte à son impassibilité, et luttant à la fois contre le torrent de ses désirs et les caresses de la débauche ; puis, au bout de deux heures, vainqueur dans cette seconde épreuve, comme il l’avait été dans la première, il sortit.

Georges était content de lui ; il avait dompté ses sens.

Nous avons dit que Georges n’avait pas le courage physique qui se jette au milieu du danger, mais seulement le courage bilieux qui l’attend lorsqu’il ne peut le fuir, et qui lui fait face lorsqu’il ne peut l’éviter. Georges craignait réellement de n’être pas brave ; et souvent il avait tressailli à cette idée que, dans un péril imminent, peut-être ne serait-il pas sûr de lui ; peut-être enfin se con-