Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/78

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— Ce serait téméraire à vous, monsieur, de risquer une pareille épreuve, je vous en préviens.

— Non, car j’ai dit ce que je pensais, et par conséquent ma conviction est que je ne risquerais pas grand’chose.

— Ainsi, monsieur, vous me répétez pour la seconde fois qu’à vingt-cinq pas je manquerais mon homme ?

— Vous vous trompez, monsieur, ce n’est pas pour la seconde fois que je vous le répète ; c’est, si je me le rappelle bien, pour la cinquième.

— Ah ! c’est trop fort, monsieur, et vous voulez m’insulter.

— Libre à vous de croire que c’est mon intention.

— C’est bien, monsieur. Votre heure ?

— À l’instant même, si vous voulez.

— Le lieu ?

— Nous sommes à cinq cents pas du bois de Boulogne.

— Vos armes.

— Mes armes ! mais le pistolet. Ce n’est pas d’un duel qu’il s’agit ; c’est une expérience que nous faisons.

— À vos ordres, monsieur.

— C’est moi qui suis aux vôtres.

Les deux jeunes gens montèrent chacun dans son cabriolet, accompagnés chacun d’un ami.

Arrivés sur le terrain, les deux témoins voulurent arranger l’affaire ; mais c’était chose difficile. L’adversaire de Georges exigeait des excuses, et Georges prétendait qu’il ne devait ces excuses que dans le cas où il serait blessé ou tué, puisque dans ce cas seulement il avait tort.

Les deux témoins perdirent un quart d’heure en négociations, qui n’amenèrent aucun résultat.

On voulut alors placer les adversaires à trente pas l’un de l’autre ; mais Georges fit observer qu’il n’y avait plus d’expérience réelle si on n’adoptait point la distance à laquelle on tire d’habitude sur la plaque, c’est-à-dire vingt-cinq pas. En conséquence on mesura vingt-cinq pas.

Alors on voulut jeter un louis en l’air, pour décider à qui tirerait le premier. Mais Georges déclara qu’il regardait ce préliminaire comme inutile, attendu que le droit de primauté appartenait tout naturellement à son adversaire. L’adversaire