Page:Dumas - La Tulipe noire (1892).djvu/209

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France, de l’un et de l’autre côté d’un balcon en Espagne, du haut en bas d’une terrasse en Orient.

Ils parlèrent de ces choses qui mettent des ailes au pied des heures, qui ajoutent des plumes aux ailes du temps.

Ils parlèrent de tout, excepté de la tulipe noire.

Puis à dix heures, comme d’habitude, ils se quittèrent.

Cornélius était heureux, aussi complètement heureux que peut l’être un tulipier à qui on n’a point parlé de sa tulipe.

Il trouvait Rosa jolie comme tous les amours de la terre ; il la trouvait bonne, gracieuse, charmante.

Mais pourquoi Rosa défendait-elle qu’on parlât tulipe ?

C’était un grand défaut qu’avait là Rosa.

Cornélius se dit, en soupirant, que la femme n’était point parfaite.

Une partie de la nuit il médita sur cette imperfection. Ce qui veut dire que tant qu’il veilla il pensa à Rosa.

Une fois endormi, il rêva d’elle.

Mais la Rosa des rêves était bien autrement parfaite que la Rosa de la réalité. Non seulement celle-là parlait tulipe, mais encore celle-là apportait à Cornélius une magnifique tulipe noire éclose dans un vase de Chine.

Cornélius se réveilla tout frissonnant de joie et en murmurant : Rosa, Rosa, je t’aime.

Et comme il faisait jour, Cornélius ne jugea point à propos de se rendormir.

Il resta donc toute la journée sur l’idée qu’il avait eue à son réveil.

Ah ! si Rosa eût parlé tulipe, Cornélius eût préféré Rosa à la reine Sémiramis, à la reine Cléopâtre, à la reine Éli-