Page:Dumas - La Tulipe noire (1892).djvu/284

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Peste ! on n’a pas fait un pareil honneur au pauvre Mathias.

— Allons, allons, fit Cornélius, en renflant sa poitrine avec la plus grande quantité d’air possible ; allons, montrons à ces gens-là qu’un bourgeois, filleul de Corneille de Witt, peut, sans faire la grimace, contenir autant de balles de mousquet qu’un nommé Mathias.

Et il passa fièrement devant le greffier qui, interrompu dans ses fonctions, se hasarda à dire à l’officier :

— Mais, colonel van Deken, le procès-verbal n’est pas encore terminé.

— Ce n’est point la peine de le finir, répondit l’officier.

— Bon ! répliqua le scribe en serrant philosophiquement ses papiers et sa plume dans un portefeuille usé et crasseux.

Il était écrit, pensa le pauvre Cornélius, que je ne donnerais mon nom en ce monde ni à un enfant, ni à une fleur, ni à un livre, ces trois nécessités dont Dieu impose une au moins, à ce que l’on assure, à tout homme un peu organisé qu’il daigne laisser jouir sur terre de la propriété d’une âme et de l’usufruit d’un corps.

Et il suivit l’officier le cœur résolu et la tête haute.

Cornélius compta les degrés qui conduisaient à l’esplanade, regrettant de ne pas avoir demandé au gardien combien il y en avait ; ce que, dans son officieuse complaisance, celui-ci n’eût certes pas manqué de lui dire.

Tout ce que redoutait le patient dans ce trajet, qu’il regardait comme celui qui devait définitivement le conduire au but du grand voyage, c’était de voir Gryphus et de ne pas voir Rosa. Quelle satisfaction, en effet, devait briller sur le visage du père ! Quelle douleur sur le visage de la fille !