Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/165

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Il avait pénétré dans le cabinet de Villefort, convaincu que le magistrat allait trembler à sa vue, et c’était lui, tout au contraire, qui se trouvait tout frissonnant et tout ému devant ce personnage interrogateur, qui l’attendait le coude appuyé sur son bureau et le menton appuyé sur sa main.

Il s’arrêta à la porte. Villefort le regarda comme s’il avait quelque peine à le reconnaître. Enfin, après quelques secondes d’examen et de silence, pendant lesquelles le digne armateur tournait et retournait son chapeau entre ses mains :

— M. Morrel, je crois ? dit Villefort.

— Oui, Monsieur, moi-même, répondit l’armateur.

— Approchez-vous donc, continua le magistrat, en faisant de la main un signe protecteur, et dites-moi à quelle circonstance je dois l’honneur de votre visite.

— Ne vous en doutez-vous point, Monsieur ? demanda Morrel.

— Non, pas le moins du monde ; ce qui n’empêche pas que je ne sois tout disposé à vous être agréable, si la chose était en mon pouvoir.

— La chose dépend entièrement de vous, Monsieur, dit Morrel.

— Expliquez-vous donc, alors.

— Monsieur, continua l’armateur reprenant son assurance à mesure qu’il parlait, et affermi d’ailleurs par la justice de sa cause et la netteté de sa position, vous vous rappelez que, quelques jours avant qu’on n’apprît le débarquement de sa majesté l’empereur, j’étais venu réclamer votre indulgence pour un malheureux jeune homme, un marin, second à bord de mon brick ; il était accusé, si vous vous le rappelez, de relations avec l’île d’Elbe : ces relations, qui étaient un crime à cette