Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Voyons, dit l’inspecteur avec un air de profonde lassitude, faisons notre métier jusqu’au bout ; descendons dans les cachots.

— Attendez, dit le gouverneur, que l’on aille au moins chercher deux hommes ; les prisonniers commettent parfois, ne fût-ce que par dégoût de la vie et pour se faire condamner à mort, des actes de désespoir inutiles : vous pourriez être victime de l’un de ces actes.

— Prenez donc vos précautions, dit l’inspecteur.

En effet, on envoya chercher deux soldats et l’on commença de descendre par un escalier si puant, si infect, si moisi, que rien que le passage dans un pareil endroit affectait désagréablement à la fois la vue, l’odorat et la respiration.

— Oh ! fit l’inspecteur en s’arrêtant à moitié de la descente, qui diable peut loger là ?

— Un conspirateur des plus dangereux, et qui nous est particulièrement recommandé comme un homme capable de tout.

— Il est seul ?

— Certainement.

— Depuis combien de temps est-il là ?

— Depuis un an à peu près.

— Et il a été mis dans ce cachot dès son entrée.

— Non, Monsieur, mais après avoir voulu tuer le porte-clefs chargé de lui porter sa nourriture.

— Il a voulu tuer le porte-clefs ?

— Oui, Monsieur, celui-là même qui nous éclaire, n’est il pas vrai, Antoine ? demanda le gouverneur.

— Il a voulu me tuer tout de même, répondit le porte-clefs.

— Ah çà ! mais, c’est donc un fou que cet homme ?

— C’est pis que cela, dit le porte-clefs, c’est un démon.