Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/277

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Et il souleva le pied du lit et en tira le flacon encore au tiers plein de la liqueur rouge.

— Tenez, dit-il ; il en reste encore, de ce breuvage sauveur. Vite, vite, dites-moi ce qu’il faut que je fasse cette fois ; y a-t-il des instructions nouvelles ? Parlez, mon ami, j’écoute.

— Il n’y a pas d’espoir, répondit Faria en secouant la tête ; mais, n’importe ; Dieu veut que l’homme qu’il a créé, et dans le cœur duquel il a si profondément enraciné l’amour de la vie, fasse tout ce qu’il pourra pour conserver cette existence si pénible parfois, si chère toujours.

— Oh ! oui, oui, s’écria Dantès, et je vous sauverai, vous dis-je !

— Eh bien, essayez donc ! le froid me gagne ; je sens le sang qui afflue à mon cerveau ; cet horrible tremblement qui fait claquer mes dents et semble disjoindre mes os commence à secouer tout mon corps ; dans cinq minutes le mal éclatera, dans un quart d’heure il ne restera plus de moi qu’un cadavre.

— Oh ! s’écria Dantès le cœur navré de douleur.

— Vous ferez comme la première fois, seulement vous n’attendrez pas si longtemps. Tous les ressorts de la vie sont bien usés à cette heure, et la mort, continua-t-il en montrant son bras et sa jambe paralysés, n’aura plus que la moitié de la besogne à faire. Si après m’avoir versé douze gouttes dans la bouche, au lieu de dix, vous voyez que je ne reviens pas, alors vous verserez le reste. Maintenant portez-moi sur mon lit, car je ne puis plus me tenir debout.

Edmond prit le vieillard dans ses bras et le déposa sur le lit.

— Maintenant, ami, dit Faria, seule consolation de ma