Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 5.djvu/140

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IX


LE JUGEMENT.


À huit heures du matin, Albert tomba chez Beauchamp comme la foudre. Le valet de chambre étant prévenu, il introduisit Morcerf dans la chambre de son maître, qui venait de se mettre au bain.

— Eh bien ! lui dit Albert.

— Eh bien ! mon pauvre ami, répondit Beauchamp, je vous attendais.

— Me voilà. Je ne vous dirai pas, Beauchamp, que je vous crois trop loyal et trop bon pour avoir parlé de cela à qui que ce soit ; non, mon ami. D’ailleurs, le message que vous m’avez envoyé m’est un garant de votre affection. Ainsi, ne perdons pas de temps en préambules : vous avez quelque idée de quelle part vient le coup ?

— Je vous en dirai deux mots tout à l’heure.

— Oui, mais auparavant, mon ami, vous me devez, dans tous ses détails, l’histoire de cette abominable trahison.

Et Beauchamp raconta au jeune homme, écrasé de honte et de douleur, les faits que nous allons redire dans toute leur simplicité.

Le matin de l’avant-veille, l’article avait paru dans un journal autre que l’Impartial, et, ce qui donnait plus de gravité encore à l’affaire, dans un journal bien connu pour appartenir au gouvernement. Beauchamp déjeunait lorsque la note lui sauta aux yeux ; il envoya aussitôt chercher un cabriolet, et, sans achever son repas, il courut