Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/113

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Il enroula le cheveu autour de son doigt et fit un violent effort.

Le cheveu entama l’épiderme du doigt plutôt que de céder.

Thibault enroula le cheveu récalcitrant autour de deux doigts et tira.

Le cheveu souleva le cuir chevelu et ne bougea pas plus que si le sabotier se fût escrimé sur le chêne qui étendait ses rameaux ombreux au-dessus de la source.

Thibault songea d’abord à continuer sa route vers Coyolles, se disant à lui-même qu’après tout, ce ne serait probablement pas la nuance équivoque d’un cheveu qui ferait avorter ses projets de mariage.

Mais cependant ce misérable cheveu le taquinait, l’obsédait, lui papillotait devant les yeux avec les mille éblouissements que donne la flamme quand elle court de tison en tison.

Enfin, s’impatientant et frappant du pied :

– Mille noms d’un diable ! s’écria Thibault, je ne suis pas encore si loin de chez moi, et je veux avoir raison de ce cheveu damné.

Il revint sur ses pas tout courant, entra dans sa hutte, retrouva son cheveu en se regardant dans son fragment de glace, prit un ciseau de menuisier, l’appuya sur le cheveu le plus près de la tête qu’il lui fut possible, plaça cheveu et outil dans cette position sur son établi et donna une vigoureuse impulsion du manche du ciseau.

Le ciseau entailla profondément le bois de l’établi, mais le cheveu resta intact.

Il renouvela la même manœuvre ; mais cette fois, s’armant d’un maillet et élevant le bras au-dessus de sa tête, il frappa à coups redoublés sur le manche du ciseau.