Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/130

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– Certes, je comprends votre douleur, répondit-il ; je fais mieux, je la partage, car vous ne pouvez douter de l’affection que je porte à mon cousin ; mais il faut se résigner, et, sans nier les qualités de Landry, je vous dirai : Eh bien, belle meunière, cherchez qui le puisse valoir.

– Qui le puisse valoir ! s’écria la veuve ; mais il n’en est pas. Où trouverai-je un garçon gentil et sage comme celui-là ? Il avait une figure poupine qui me charmait, et en même temps il était si tranquille, si rangé dans ses mœurs ! Il travaillait jour et nuit, et, avec tout cela, d’un coup d’œil je le faisais rentrer sous terre. Non, non, monsieur Thibault, je vous le dis dans toute la sincérité de mon cœur, le souvenir de celui-là m’ôtera l’envie d’en chercher d’autres, et je vois bien qu’il faut me résigner à rester veuve toute ma vie.

– Peuh ! fit Thibault, Landry était bien jeune !

– Oh ! dit la veuve, ce n’est pas là un défaut.

– Qui sait s’il eût conservé plus tard ses aimables qualités ! Croyez-moi, meunière, ne vous désolez plus et cherchez, comme je vous ai dit, quelqu’un qui vous le fasse oublier. Ce qu’il vous faut, à vous, ce n’est point un bambin comme celui-là, c’est un homme fait, qui ait tout ce que vous regrettez dans Landry, mais qui soit assez rassis pour que vous n’ayez point à craindre qu’un beau jour toutes vos illusions ne s’envolent et que vous ne vous trouviez en présence d’un libertin et d’un brutal.

La meunière secouait la tête.

Mais Thibault continuait :

– Ce qu’il vous faut enfin, c’est un gaillard qui, tout en étant pour vous un porte-respect, fasse fructifier le moulin. Que diable ! dites un mot, et vous ne serez pas longtemps sans vous trouver lotie, belle meunière, un peu mieux que vous ne l’étiez tout à l’heure.

– Et où rencontrerai-je un pareil miracle d’homme ?