Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/143

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quelques jours à Villers-Cotterêts. Ce fut une nouvelle excitation pour la folle ambition de Thibault.

Toutes les belles dames et tous les jeunes seigneurs des châteaux voisins, les Montbreton, les Montesquiou, les Courval, accoururent à Villers-Cotterêts.

Les dames dans leurs plus riches atours, les jeunes seigneurs dans leurs plus élégants costumes.

La trompe du seigneur Jean retentit plus bruyante que jamais dans la forêt.

On voyait passer, comme de ravissantes visions, emportés par la course de magnifiques chevaux anglais, de sveltes amazones et de rapides cavaliers avec leurs beaux habits de chasse rouges, galonnés d’or.

On eût dit des éclairs de flamme qui sillonnaient les sombres et épaisses futaies.

Le soir, c’était bien autre chose.

Toute cette aristocratique compagnie se réunissait pour les festins et les bals.

Mais, entre les festins et les bals, on montait dans de belles calèches dorées avec des armoiries de toutes couleurs.

Thibault était toujours là au premier rang des curieux. Il dévorait des yeux ces nuages de satin et de dentelles, qui, en se relevant, laissaient voir de fines chevilles chaussées de bas de soie et de petites mules à talons rouges.

Puis tout cela passait devant le peuple ébahi, laissant derrière soi une vapeur de poudre à la maréchale et d’essence parfumée aux plus douces senteurs.

Thibault se demandait pourquoi il n’était pas, lui, un de ces jeunes seigneurs aux habits brodés.

Pourquoi il n’avait pas pour maîtresse une de ces belles dames à froufrou de satin.

Et l’Agnelette lui paraissait alors ce qu’elle était en effet, une pauvre petite paysanne ; et la veuve Polet,