Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/145

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X

le bailli magloire


Ce fut dans ces dispositions aventureuses que Thibault, sans s’être encore arrêté à rien, passa les derniers jours de l’année et entra dans l’année nouvelle.

Seulement, songeant sans doute aux dépenses qu’amène pour chacun le bienheureux jour de l’an, il avait, au fur et à mesure qu’il s’était approché de ce terrible passage d’une année à l’autre, exigé de ses pourvoyeurs double ration de gibier, dont naturellement il avait tiré double profit chez l’aubergiste de la Boule-d’or.

De sorte que, à part une mèche de cheveux rouges d’un volume assez inquiétant, Thibault entrait matériellement dans l’année en meilleures conditions qu’il n’avait jamais été.

Remarquez que nous disons matériellement et non spirituellement ; car, si le corps paraissait en bon état, l’âme était cruellement compromise.

Mais le corps était bien couvert, et dans les poches de la veste sonnaient gaillardement une dizaine d’écus.

Thibault, ainsi costumé et accompagné de cette musique argentine, avait l’air, non plus d’un ouvrier sabotier, mais d’un métayer à son aise, ou même d’un bon bourgeois qui exerce un état peut-être, mais pour son plaisir.

C’était avec cette apparence que Thibault s’était rendu à une de ces solennités villageoises qui sont les fêtes de la province.