Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



Cependant, depuis qu’elle avait si profondément réfléchi, elle paraissait regarder plus favorablement le cavalier que maître Magloire lui avait imposé.

Elle s’efforçait d’adoucir pour lui la dureté de ses noires prunelles.

Mais son affabilité n’alla point jusqu’à condescendre aux instances de maître Magloire, qui voulait que sa femme doublât la saveur et le bouquet du vin de Champagne en le versant elle-même à son hôte.

Quelques instances que lui fit son auguste époux, madame la baillive refusa, et, prenant le prétexte de la fatigue que lui avait causée la promenade, elle remonta dans sa chambre.

Toutefois, avant de sortir, elle dit à Thibault qu’ayant des torts à expier envers lui, elle espérait qu’il n’oublierait point le chemin d’Erneville.

Un sourire qui découvrit des dents charmantes servit de péroraison à ce discours.

Thibault y répondit avec une vivacité d’expression qui atténua un peu ce que son langage pouvait avoir de trop rude, lui jurant qu’il perdrait plutôt la pensée du boire et du manger que le souvenir d’une dame aussi courtoise qu’elle était belle.

Dame Magloire fit une révérence qui sentait d’une lieue madame la baillive, et sortit.

Elle n’avait pas tiré la porte derrière elle, que maître Magloire entreprit et acheva à son honneur une pirouette moins légère, mais presque aussi significative que celle d’un écolier débarrassé de son pédagogue, et, venant à Thibault et lui prenant les mains :

– Oh ! mon cher ami, lui dit-il, comme nous allons bien boire, du moment que nous n’avons plus de femme pour nous gêner ! Oh ! les femmes ! c’est charmant à la messe et au bal ; mais à table, ventre du diable ! il n’y a que les hommes, n’est-ce pas, compère ?