Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/171

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que tout cela s’arrangera, à moins que je ne fasse quelque sottise pour brouiller les cartes ! car, enfin, je n’ai pas été dupe de sa retraite ; qui n’a pas peur ne prend point la fuite. Elle aura craint d’en trop montrer pour la première fois ; mais quelle insistance en rentrant chez elle ! Allons, allons, je vois que tout cela s’arrange ; je n’ai qu’à donner un coup d’épaule ; qu’elle se trouve un beau matin débarrassée de son gros petit vieux bonhomme, et la chose est faite. Cependant je ne peux pas et surtout je ne veux pas souhaiter le trépas de ce pauvre maître Magloire. Prendre sa place quand il n’y sera plus, soit ; mais tuer un homme qui m’a fait boire de si bon vin ! le tuer quand j’ai encore ce vin dans l’estomac, ce serait là un procédé dont mon compère le loup lui-même rougirait pour moi.

Puis, souriant de son sourire le plus coquin :

– D’ailleurs, continua-t-il, ne vaut-il pas mieux que j’aie déjà acquis des droits sur dame Suzanne quand maître Magloire s’en ira tout naturellement dans l’autre monde, ce qui ne peut tarder à la manière dont le drôle mange et boit ?

Puis, sans doute, comme les bonnes qualités tant vantées de la baillive lui revenaient à l’esprit :

– Non, non, dit-il, pas de maladie, pas de mort, pas de trépas ! rien que de ces simples désagréments qui arrivent à tout le monde ; seulement, comme c’est à mon profit, je désire qu’il lui en arrive, à lui, un peu plus qu’à tout le monde ; ce n’est point à son âge qu’on peut avoir la prétention d’être une jeune tête ou un daguet ; non, il faut servir les gens selon leur mérite… Quand cela sera, je vous dirai un beau merci, monsieur le loup, mon cousin.

Et Thibault, d’un autre avis sans doute que nos lecteurs, et trouvant la plaisanterie du meilleur goût, se frottait les mains en souriant à cette idée, et il en était