Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/185

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Et elle alla à la fenêtre, qu’elle ferma hermétiquement d’abord, et plus hermétiquement encore en tirant les rideaux par-dessus.

Pendant ce temps, l’étranger, agissant exactement comme chez lui, avait tiré une bergère devant le feu, s’y était étendu et se chauffait les pieds de la plus voluptueuse façon.

Dame Suzanne réfléchit sans doute que, pour un homme gelé, le plus pressé est de se réchauffer ; car, sans chercher le moins du monde à son aristocratique galant une querelle dans le genre de celle que Cléanthis cherche à Sosie, elle se rapprocha de la bergère et s’y accouda gracieusement.

Thibault voyait de dos le groupe, qui se dessinait en vigueur sur la lueur du foyer, et il enrageait. L’étranger parut d’abord tout préoccupé du soin de se réchauffer. Puis enfin, la chaleur ayant fini par opérer sa réaction :

– Et cet étranger, ce convive, demanda-t-il, quel est-il donc ?

– Oh ! monseigneur, fit dame Magloire, il me semble que vous ne le connaissez que trop.

– Comment ! demanda l’amant favorisé, serait-ce donc encore le croquant de l’autre soir ?

– Lui-même, monseigneur.

– Ah ! si jamais celui-là me tombe sous la main !…

– Monseigneur, dit dame Suzanne d’une voix douce comme une musique, il ne faut pas faire de mauvais projets contre ses ennemis, et, tout au contraire, notre sainte religion catholique enseigne qu’il est bon de leur pardonner.

– Il est encore une autre religion qui enseigne cela, ma belle amie, et c’est celle dont vous êtes la déesse toute-puissante et dont je ne suis, moi, que l’humble néophyte… Oui, j’ai tort, je l’avoue, de vouloir tant