Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/23

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– Oui, dit mon père, je connais ton histoire de Thibault le sabotier. Mais, si le loup noir est le diable, comme tu dis, Mocquet, il ne doit pas changer.

– Si fait, mon général ; seulement, il met cent ans à devenir tout blanc, et, à chaque minuit de la centième année, il redevient noir comme un charbon.

– Je passe condamnation, Mocquet ; seulement, je te prie de ne pas raconter cette belle histoire-là à mon fils avant qu’il ait quinze ans au moins.

– Pourquoi cela, mon général ?

– Parce qu’il est inutile de lui farcir l’esprit de pareilles sottises avant qu’il soit assez grand pour se moquer des loups, qu’ils soient blancs, gris ou noirs.

– C’est bien, mon général, on ne lui en parlera point.

– Continue.

– Où en étions-nous, mon général ?

– Nous en étions au pierge que tu as mis sur ton estomac, et tu disais que c’était un fameux pierge.

– Ah ! ma foi, oui, mon général, que c’en était un fameux pierge ! Il pesait bien dix livres ; qu’est-ce que je dis donc ! quinze livres au moins, avec sa chaîne ! La chaîne, je l’avais passée à mon poignet.

– Et cette nuit-là ?

– Oh ! cette nuit-là, ç’a été bien pis ! Ordinairement, c’était avec des galoches qu’elle me pétrissait la poitrine ; cette nuit-là, elle est venue avec des sabots.

– Et elle vient ainsi… ?

– Toutes les nuits que le Bon Dieu fait ; aussi j’en maigris : vous voyez bien, général, que j’en deviens étique ; mais, ce matin, j’ai pris mon parti.

– Et quel parti as-tu pris, Mocquet ?

– J’ai pris le parti de lui flanquer un coup de fusil, donc !

– C’est un parti sage. Et quand dois-tu le mettre à exécution ?