Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/274

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Ces lumières se rapprochaient de plus en plus et étaient accompagnées d’un piétinement dans les feuilles sèches.

Les chevaux, inquiets, reculaient en aspirant le vent de la nuit et frissonnant sous leurs cavaliers.

Les gendarmes, qui riaient d’un gros rire, se taisaient peu à peu.

Thibault se mit à rire à son tour.

– De quoi ris-tu ? lui demanda un gendarme.

– De ce que vous ne riez plus, dit Thibault.

À la voix de Thibault, les lumières se rapprochèrent encore et les piétinements devinrent distincts.

Puis on entendit un bruit sinistre, un bruit de mâchoires dont les dents claquaient les unes contre les autres.

– Oui, oui, mes amis les loups, dit Thibault, vous avez goûté de la chair humaine, et cela vous a semblé bon !

Un petit grognement d’approbation, qui tenait à la fois du chien et de l’hyène, lui répondit.

– C’est cela, dit Thibault, je comprends : après avoir mangé du garde-chasse, vous ne seriez pas fâchés de goûter du gendarme.

– Oh ! oh ! dirent les cavaliers, qui commençaient à frissonner, à qui parles-tu donc ?

– À ceux qui me répondent, dit Thibault.

Et il poussa un hurlement. Vingt hurlements lui répondirent. Il y en avait qui n’étaient qu’à dix pas, il y en avait qui étaient fort loin.

– Hum ! fit un des gendarmes, quels sont donc ces animaux qui nous suivent ainsi, et dont ce misérable semble parler la langue ?

– Ah ! dit le sabotier, vous faites prisonnier Thibault le meneur de loups, vous le conduisez par les bois pendant la nuit, et vous demandez quels sont ces