Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/288

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– Ce jour-là, continua Agnelette, je me suis sauvée ; je sais bien que j’ai eu tort, mais je n’ai pas été maîtresse de ma peur à la vue de cette bague et surtout…

Elle leva timidement ses yeux jusqu’au front de Thibault. Thibault était nu-tête, et, à la lueur de la lune, Agnelette put voir que ce n’était plus un cheveu qui semblait rougi aux flammes de l’enfer, mais la moitié de la chevelure du meneur de loups qui avait pris la teinte diabolique.

– Oh ! dit-elle en reculant, Thibault ! Thibault ! que vous est-il arrivé depuis que je ne vous ai vu ?

– Agnelette ! s’écria Thibault en appuyant son front sur la terre et en tenant sa tête à deux mains, ce qui m’est arrivé, je ne saurais le raconter à une créature humaine, pas même à un prêtre ; mais à vous, Agnelette, je dirai simplement ceci : Agnelette, Agnelette, ayez pitié de moi, car j’ai été bien malheureux !

Agnelette se rapprocha de Thibault et lui prit les mains.

– Vous m’aimiez donc ? vous m’aimiez donc ? s’écria Thibault.

– Que voulez-vous, Thibault ! reprit la jeune femme avec la même douceur et la même innocence ; j’avais pris votre dire au sérieux, et, chaque fois que l’on heurtait à la porte de notre cabane, mon cœur battait, parce que je pensais que c’était vous et que vous veniez pour dire à la vieille femme : « Mère, j’aime Agnelette ; Agnelette m’aime : voulez-vous me la donner pour femme ? » Puis, quand on avait ouvert, quand je voyais que ce n’était point vous, j’allais me cacher dans un coin et je pleurais.

– Et à présent, Agnelette, à présent ?

– À présent, dit la jeune femme, c’est singulier,