Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/295

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de la forêt, elle ne songeait plus aux loups, qui étaient la terreur de toutes les villes et de tous les villages à dix lieues à la ronde. Elle n’avait qu’une peur : c’était de rencontrer sous ses pas le corps inanimé d’Engoulevent.

Plus d’une fois, lorsque son pied heurta un caillou ou une branche, sa respiration s’arrêta tout à coup comme si son dernier soupir se fût exhalé, un froid aigu lui entra jusqu’au fond du cœur, ses cheveux se dressèrent sur son front et une sueur froide inonda son visage.

Enfin, au bout du sentier qu’elle suivait, et au-dessus duquel les arbres, en se croisant, formaient une voûte, elle aperçut la campagne doucement argentée par les rayons de la lune.

Au moment où elle entrait dans la plaine et passait de l’obscurité à la lumière, un homme qu’elle n’avait point aperçu, caché qu’il était derrière un buisson du fossé qui séparait la plaine de la forêt, se jeta au-devant d’Agnelette et la prit entre ses bras.

– Oh ! oh ! dit-il en riant, où allez-vous à cette heure de nuit, madame, et de ce pas-là encore ?

Agnelette reconnut son mari.

– Étienne ! oh ! mon cher petit Étienne ! s’écria la jeune femme en lui jetant les deux bras autour du cou, que je suis donc aise de te revoir, et de te revoir bien vivant ! Mon Dieu ! je vous remercie !

– Oh ! oh ! dit Engoulevent, tu croyais donc, pauvre Agnelette, que Thibault, le meneur de loups, avait dîné de mes os ?

– Ah ! ne prononce pas le nom de Thibault, Étienne ; fuyons, mon ami, fuyons du côté des maisons !

– Allons, fit en riant le jeune piqueur, voilà que tu vas faire dire aux commères de Préciamont et de