Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/300

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La chaumière, faiblement éclairée par une lampe de cuivre, était dans une demi-obscurité ; la grand-mère, assise devant les pierres de l’âtre, gardait dans sa physionomie cette immobilité sous laquelle les sauvages et les paysans cachent leurs plus vives émotions.

Des deux femmes que le seigneur Jean payait pour garder la veuve de son serviteur, l’une récitait son chapelet agenouillée au pied du lit où Agnelette gisait si pâle et si blanche, que, n’eût été le mouvement régulier de sa poitrine oppressée, on eût pu la croire déjà morte ; l’autre filait silencieusement sa quenouille.

Tout à coup, la malade, qui depuis quelques moments frissonnait par intervalles, parut se débattre contre un rêve horrible et poussa un cri d’angoisse.

Au même instant, la porte s’ouvrit. Un homme, dont la tête semblait entourée d’un cercle de flammes, s’élança dans la chambre, bondit jusqu’au lit d’Agnelette, étreignit la mourante entre ses bras, appuya, avec des cris de douleur, ses lèvres sur le front de la malade, puis, s’élançant vers une porte qui donnait sur la campagne, l’ouvrit et disparut.

L’apparition avait été si rapide, que l’on eût pu croire à une hallucination de la jeune femme, qui, essayant de repousser un objet invisible, criait :

– Éloignez-le ! Éloignez-le !

Mais les deux veilleuses avaient vu cet homme et avaient reconnu Thibault ; mais on entendait de grandes clameurs, où le nom de Thibault était mêlé.

Ces clameurs s’approchaient de la maison d’Agnelette, et bientôt ceux qui les poussaient parurent sur le seuil.

Ils poursuivaient le meneur de loups.

Thibault avait été vu rôdant autour de la chaumière d’Agnelette, et les habitants de Préciamont, prévenus