Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/304

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» En souhaitant le daim, tu souhaitais le plat d’argent sur lequel il devait être servi ; le plat d’argent entraînait après lui le serviteur qui le porte et l’écuyer tranchant qui découpe ce qu’il contient.

» L’ambition ressemble à la voûte du ciel : elle a l’air de se borner à l’horizon, et elle embrasse toute la terre.

» Tu as dédaigné l’innocence d’Agnelette pour le moulin de la Polet ; tu n’eusses pas plutôt possédé le moulin, qu’il t’eût fallu la maison du bailli Magloire ; et la maison du bailli Magloire n’eût plus eu de charmes pour toi dès que tu eusses entrevu le château du comte de Mont-Gobert.

» Oh ! tu appartenais bien par l’envie à l’ange déchu, mon maître et le tien ; seulement, comme il te manquait l’intelligence pour souhaiter le mal et en tirer le bien qui pouvait t’en revenir, ton intérêt eût peut-être été de rester honnête.

– Oh ! oui, répondit tristement le sabotier, c’est maintenant que je reconnais la vérité du proverbe : À qui mal veut, mal arrive !… Mais, enfin, ajouta-t-il, ne puis-je pas redevenir honnête ?…

Le loup poussa un ricanement moqueur.

– Oh ! garçon, dit-il, avec un seul cheveu, le diable peut conduire un homme en enfer. As-tu jamais compté combien le diable possédait des tiens ?

– Non.

– Je ne puis pas te dire combien tu as de cheveux à lui sur la tête, mais je puis te dire combien il t’en reste, à toi. Il t’en reste un ! Tu vois que le temps du repentir est passé.

– Pourquoi, dit Thibault, si pour un seul cheveu le diable peut perdre un homme, pourquoi, par un seul cheveu, Dieu ne pourrait-il pas le sauver ?

– Essaye.