Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/305

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



– D’ailleurs, lorsque j’ai conclu ce funeste marché avec vous, je n’ai pas cru accomplir un pacte.

– Oh ! je reconnais bien là la mauvaise foi des hommes ! Tu n’as pas accompli un pacte en me donnant tes cheveux, imbécile ? Depuis que les hommes ont inventé le baptême, nous ne savons plus par où les prendre, et il faut qu’en échange de quelque concession que nous leur faisons, ils nous fassent abandon d’une partie de leur corps où nous puissions mettre la main. Tu nous as cédé tes cheveux ; ils tiennent bien, tu t’en es assuré, ils ne nous resteront pas dans la griffe… Non, non, tu es à nous, Thibault, depuis le moment où, sur le seuil de la porte qui était là, tu as caressé dans ton esprit l’idée de la fraude et de la rapine.

– Ainsi, s’écria Thibault avec rage, en se levant et en frappant du pied, ainsi, perdu dans l’autre monde sans avoir joui des plaisirs de celui-ci ?

– Tu peux encore les connaître, Thibault.

– Comment cela ?

– En entrant hardiment dans le sentier où tu t’es engagé par raccroc, en voulant avec résolution ce que tu acceptais sournoisement ; autrement dit, en étant franchement des nôtres.

– Et que faudrait-il faire ?

– Prendre ma place.

– Et en la prenant ?

– Acquérir ma puissance ; alors, tu n’auras plus rien à désirer.

– Si votre puissance est si étendue, si elle vous donne toutes les richesses que j’envie, comment y renoncez-vous ?

– Ne t’inquiète pas de moi. Le maître auquel j’aurai conquis un serviteur me récompensera largement.

– Et, en prenant votre place, prendrai-je votre forme ?