Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/308

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Et il sembla à Thibault qu’il voyait le loup noir grandir, s’allonger, se planter sur ses deux pieds de derrière et s’éloigner sous la forme d’un homme en lui faisant signe de la main.

Nous disons il lui sembla ; car pour un instant ses idées cessèrent d’être bien distinctes. Il éprouva comme une espèce d’engourdissement qui paralysait l’action de la pensée.

Puis, lorsqu’il revint à lui, il était seul. Ses membres étaient emprisonnés dans des formes étranges et insolites.

Il était enfin devenu en tout point semblable au grand loup noir qui lui parlait l’instant d’auparavant.

Un seul poil blanc, placé dans la région du cervelet, jurait avec tout ce pelage sombre.

Ce seul poil blanc du loup, c’était le seul cheveu noir qui restât à l’homme.

Alors, et avant qu’il eût eu le temps de se remettre, il lui sembla entendre s’agiter les buissons et en sortir un aboiement sourd et étouffé…

Il pensa en frémissant à la meute du seigneur Jean.

Thibault, ainsi métamorphosé en loup noir, se dit qu’il serait sage de ne point imiter son devancier, et de ne point attendre, comme lui, que la meute du seigneur Jean fût sur ses traces.

Il supposa que ce qu’il avait entendu pouvait bien venir d’un limier, et se décida à ne point attendre le découplé.

Il partit, filant droit devant lui comme les loups le font d’habitude, et il reconnut, avec une satisfaction profonde, que, dans sa métamorphose, ses forces et l’élasticité de ses membres se trouvaient décuplées.

– Par les cornes du diable ! disait à quelques pas de là le seigneur Jean à son nouveau piqueur, tu tiens toujours la botte trop lâche, garçon ; tu as laissé gron-