Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/313

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queue des chiens, l’œil ardent, la narine dilatée, actionnant la meute par des cris et des bien-aller formidables, et fouillant de l’éperon avec rage le ventre de son cheval lorsque la rencontre d’un obstacle faisait hésiter celui-ci.

De son côté, le loup noir maintenait ses grandes allures.

Quoique, en entendant, au moment du retour, les aboiements féroces de la nouvelle meute retentir à cent pas derrière lui, son émotion fût devenue profonde, il ne perdait point pour cela un pouce de terrain.

Tout en courant, comme il conservait dans toute sa plénitude la pensée humaine, il lui semblait impossible qu’il succombât dans cette épreuve ; il lui semblait ne pouvoir mourir sans avoir tiré vengeance de toutes ces angoisses qu’on lui faisait souffrir, avant d’avoir connu les jouissances qui lui étaient promises, avant surtout, – car, dans ce moment critique, sa pensée y revenait sans cesse, – avant d’avoir conquis l’amour d’Agnelette.

Parfois la terreur le dominait, mais parfois aussi c’était la colère.

Il pensait à se retourner, à faire face à cette troupe hurlante, et, oubliant sa nouvelle forme, à la dissiper à coups de pierres et de bâton.

Puis, un instant après, à moitié fou de rage, étourdi du glas de mort que la meute aboyait à ses oreilles, il fuyait, il bondissait, il volait avec les jambes du cerf, avec les ailes de l’aigle.

Mais ses efforts étaient impuissants. Il avait beau fuir, bondir, voler presque, le bruit funèbre était attaché à lui, et ne s’éloignait un instant, ou plutôt n’était un instant distancé que pour se rapprocher plus menaçant et plus formidable.