Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/46

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mença à la grande satisfaction du seigneur de Vez, qui, tout en regrettant son loup noir, acceptait cependant un daim dix cors comme pis-aller.

Depuis deux heures, la chasse durait et le daim tenait bon. Il avait d’abord emmené la chasse du petit bois d’Haramont à la route du Pendu, puis de la route du Pendu à la queue d’Oigny, et tout cela haut la main ; car ce n’était pas une de ces bêtes du plat pays qui se font tirer la queue par de méchants bassets.

Cependant, vers les fonds de Bourgfontaine, l’animal se sentit malmené, car il renonça aux grands partis qu’il avait pris jusque-là pour se forlonger, et il commença de ruser.

D’abord, il descendit dans le ruisseau qui va de l’étang de Baisemont à l’étang de Bourg, le remonta pendant un demi-quart de lieue environ, ayant de l’eau jusqu’au jarret, fit un saut à droite, rentra dans le lit du ruisseau, fit un saut à gauche, et dès lors s’éloigna par des bonds aussi vigoureux que ce qui lui restait de forces lui permettait de faire.

Mais les chiens du seigneur Jean n’étaient pas chiens à s’embarrasser de si peu.

D’eux-mêmes, en chiens intelligents et de bonne race qu’ils étaient, ils se divisèrent la tâche. Les uns remontèrent le ruisseau, les autres le descendirent ; ceux-ci quêtèrent à droite, ceux-là quêtèrent à gauche, si bien qu’ils finirent par démêler la ruse de l’animal, retrouvèrent la voie, et, au premier cri que poussa l’un d’eux, se rassemblèrent autour de celui-là et reprirent leur poursuite, aussi chauds et aussi ardents que si le daim eût été à vingt pas devant eux.

Toujours galopant, toujours sonnant, toujours aboyant, le baron Jean, les piqueurs, et la meute arrivèrent aux étangs de Saint-Antoine, à quelques centaines de pas des bordures d’Oigny.