Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/56

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venait s’abattre près de lui, et cela en même temps qu’il recevait sur la tête un furieux coup de manche du fouet.

Le sabotier, étourdi du coup, chancela, perdit l’équilibre et s’en allait tomber le visage contre terre, lorsque le baron Jean, déchaussant son étrier et lui envoyant un vigoureux coup de pied dans la poitrine, non seulement le redressa, mais encore, faisant prendre au pauvre diable une direction opposée, l’envoya tomber à la renverse contre la porte de sa cabane.

– Tiens, dit le baron en lui administrant le coup de fouet d’abord et le coup de pied ensuite, tiens, voici pour le mensonge et voici pour la gouaillerie !

Sur quoi, et sans s’inquiéter autrement de Thibault, qui était étendu les quatre fers en l’air, le seigneur Jean, s’apercevant que sa meute avait rallié au cri de Marcassino, sonna un joyeux son pour les chiens et s’éloigna au petit galop de son cheval.

Thibault se releva tout endolori, se tâtant de la tête aux pieds pour s’assurer s’il n’avait rien de cassé.

– Allons, allons, dit-il, après s’être caressé chaque membre l’un après l’autre, je vois avec satisfaction qu’il n’y a rien de cassé ni en haut ni en bas. Ah ! seigneur baron, voilà comment vous traitez les gens parce que vous avez épousé la bâtarde d’un prince ! Eh bien, tout grand louvetier, tout grand veneur que vous êtes, ce n’est pas vous qui mangerez le daim que vous chassez ; ce sera ce belître, ce maroufle, ce drôle de Thibault qui le mangera. Ah ! oui, que je le mangerai, j’en fais serment ! s’écria le sabotier s’affermissant de plus en plus dans sa hasardeuse résolution ; et il ne faudrait pas être un homme pour, ayant fait un serment, ne le pas tenir.

Et aussitôt, passant sa serpe à sa ceinture et prenant son épieu, Thibault écouta l’aboi des chiens, s’orienta,