Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/74

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– Ah çà ! vous me connaissez donc, la belle Agnelette, que vous m’appelez comme ça tout couramment par mon nom ?

– Mais oui ; je me rappelle vous avoir vu un jour à la fête de Boursonnes ; on vous appelait le beau danseur, et l’on faisait cercle autour de vous.

Ce compliment acheva de désarmer Thibault.

– Oui, oui, dit-il ; moi aussi, à présent, je me rappelle vous avoir vue. Eh bien, mais, à cette même fête de Boursonnes, nous avons dansé ensemble ; seulement, vous étiez moins grande qu’à cette heure : voilà pourquoi je ne vous reconnaissais pas ; mais je vous reconnais maintenant. Oui, vous aviez une robe rose et un joli petit corsage blanc ; nous avons dansé dans la laiterie. J’ai voulu vous embrasser ; mais vous n’avez pas voulu, disant que l’on n’embrassait que son vis-à-vis et non sa danseuse.

– Ah ! vous avez bonne mémoire, monsieur Thibault !

– Savez-vous, Agnelette, que cette année, car il y a un an de cela, vous avez profité pour embellir en même temps que pour grandir ? Ah ! vous vous y entendez, vous, pour faire deux choses à la fois !

La jeune fille rougit et baissa les yeux. Sa rougeur et son embarras ajoutèrent au charme de sa physionomie. Thibault se prit à la considérer plus attentivement que jamais.

– Avez-vous un amoureux, Agnelette ? demanda-t-il à la belle fille d’une voix qui n’était point exempte d’une certaine émotion.

– Non, monsieur Thibault, dit-elle, je n’en ai point et ne peux ni ne veux en avoir.

– Et pourquoi cela ? L’amour est-il donc si mauvais garçon, qu’il vous fasse peur ?