Page:E. Browning - Les Sonnets du portugais (trad. Morel).djvu/17

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le mouvement et la gaîté ; c’est par lui surtout qu’Elizabeth entrait en contact avec les choses de son temps. « Kenyon, à la face de Bénédictin, mais le plus joyeux des braves gens », Kenyon était à la fois le parrain de féerie de Miss Barrett et le grand ami d’un jeune homme qu’il appelait « l’autre poète ». C’était Robert Browning[1]. Kenyon avait le plus vif désir de les rapprocher, mais Elizabeth n’aimait guère à recevoir des gens au visage nouveau. Non pas cependant que Browning lui fût inconnu ou indifférent. Alors que le puissant poète restait encore méconnu du public anglais, la jeune femme était du nombre des rares esprits qui avaient senti la richesse poétique dont étaient chargés déjà les premiers poèmes, Pauline, Paracelsus, Clochettes et Grenades. Dans La Conquête de Lady Geraldine, le héros, Bertram, mentionne les poèmes qu’il a lus avec sa noble dame, et, des œuvres modernes, Il cite : « l’idylle aux graves pensées de Wordsworth, les ballades de Howitt, ou la rêverie enchantée de Tennyson, ou de Browning quelque grenade, qui, ouverte au milieu, montre un cœur teint de sang et les veines d’êtres humains. » Dans une lettre de 1845 Elizabeth déclare qu’elle a « pleine foi en Browning comme poète et comme prophète. »

Lui, pourtant, ne se hâtait pas de prendre connaissance des œuvres de son admiratrice. Il ne les lut que pendant la première semaine de 1845. Mais alors son enthousiasme fut prompt et fut débordant. Dès le 10 janvier il écrivait à l’auteur, en termes qui outrepassent quelque

  1. Browning l’appelait « Kenyon le magnifique » et pour cause. Cousin et ami modèle, il fit aux deux poètes une modeste rente qui les aida à vivre après leur mariage, et en mourant, leur laissa près de trois cent mille francs.