Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/106

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j’ouvris immédiatement la porte du capot-d’échelle, et, descendant sans prononcer une syllabe, je me dressai tout d’un coup au milieu de la bande.

Le prodigieux effet créé par cette soudaine apparition ne surprendra personne, si l’on veut bien considérer les diverses circonstances dans lesquelles elle se produisait. D’ordinaire, dans les cas de cette nature, il reste dans l’esprit du spectateur quelque chose comme une lueur de doute sur la réalité de la vision qu’il a devant les yeux ; il conserve jusqu’à un certain point une espérance, si faible qu’elle soit, qu’il est la dupe d’une mystification, et que l’apparition n’est vraiment pas un visiteur venu du pays des ombres. On peut affirmer que ce doute opiniâtre a presque toujours accompagné les visitations de cette nature, et que l’horreur glaçante qu’elles ont quelquefois produite doit être attribuée, même dans les cas les plus marquants, dans ceux qui ont causé l’angoisse la plus vive, à une espèce d’effroi anticipé, à une peur que l’apparition ne soit réelle plutôt qu’à une croyance ferme à sa réalité. Mais, pour le cas présent, on verra tout de suite qu’il ne pouvait pas y avoir dans l’esprit des révoltés l’ombre d’une raison pour douter que l’apparition de Rogers ne fût vraiment la résurrection de son dégoûtant cadavre, ou au moins son image incorporelle. La position isolée du brick et l’impossibilité de l’accoster en raison de la tempête restreignaient les moyens possibles d’illusion dans de si étroites limites, qu’ils durent se croire capables de les embrasser tous d’un coup d’œil. Depuis vingt-quatre jours qu’ils tenaient la mer, ils n’avaient eu de communication avec aucun navire, un