Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/110

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une lame, et quelques-unes s’étaient même répandues dans la chambre pendant notre lutte ; car, en descendant, j’avais laissé l’écoutille ouverte. Toute la muraille de bâbord avait été emportée, ainsi que les fourneaux et le canot de l’arrière. Les craquements et les vibrations du grand mât nous prouvaient aussi qu’il allait bientôt céder. Pour faire une plus grande place à l’arrimage dans la cale d’arrière, le pied de ce mât avait été fixé dans l’entre-pont (exécrable méthode à laquelle ont souvent recours les constructeurs ignorants), de sorte qu’il courait grand risque de sortir de son emplanture. Mais, pour mettre le comble à nos malheurs, nous sondâmes l’archipompe, et nous ne trouvâmes pas moins de sept pieds d’eau.

Nous laissâmes donc les cadavres des hommes dans la chambre, et nous fîmes immédiatement jouer les pompes, — Parker, naturellement, ayant été relâché pour nous assister dans ce travail. Nous bandâmes le bras d’Auguste de notre mieux, et le pauvre garçon fit ce qu’il put, c’est-à-dire pas grand’chose. Cependant nous vîmes qu’en faisant fonctionner une pompe sans interruption, nous pouvions tout juste maîtriser la voie d’eau, c’est-à-dire l’empêcher d’augmenter. Comme nous n’étions que quatre, c’était un rude labeur ; mais nous tâchâmes de ne pas nous laisser abattre, et nous attendîmes le petit jour avec inquiétude, espérant soulager alors le brick en coupant le grand mât.

Nous passâmes ainsi une nuit pleine d’une anxiété et d’une fatigue horribles ; quand enfin le jour parut, la tempête n’était pas le moins du monde calmée, et il n’y