Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/112

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notre excessif labeur et saignant d’une manière affreuse.

Contrairement à l’avis de Parker, nous commençâmes alors à abattre le mât de misaine ; nous y réussîmes à la longue, avec la plus grande difficulté, à cause de notre position inclinée. En filant par-dessus bord il emporta avec lui le beaupré et laissa le brick à l’état de simple ponton.

Jusqu’alors nous avions lieu de nous réjouir d’avoir pu conserver notre chaloupe, qui n’avait pas été endommagée par tous ces gros coups de mer. Mais nous n’eûmes pas longtemps à nous féliciter ; car le mât de misaine et la misaine, qui maintenaient un peu le brick, étant partis ensemble, chaque lame à présent venait briser complètement sur nous, et en cinq minutes notre pont fut balayé de bout en bout, la chaloupe et la muraille de tribord furent enlevées, et le guindeau lui-même mis en pièces. Il était vraiment presque impossible d’être réduits à une condition plus déplorable.

À midi, nous eûmes quelque espoir de voir la tempête diminuer ; mais nous fûmes cruellement désappointés, car elle ne se calma pendant quelques minutes que pour souffler ensuite avec plus de furie. À quatre heures de l’après-midi, elle avait pris une telle intensité qu’il était impossible de se tenir debout ; et, quand vint la nuit, je n’avais plus conservé l’ombre d’une espérance. Je ne croyais pas que le navire pût tenir jusqu’au matin.

À minuit l’eau nous avait considérablement gagnés ; elle montait alors jusqu’au faux pont. Peu de temps après, le gouvernail partit, et le coup de mer qui l’em-