Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/113

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porta souleva toute la partie de l’arrière hors de l’eau, de sorte qu’en retombant le brick talonna et donna une secousse semblable à celle d’un navire qui échoue. Nous avions tous calculé que le gouvernail tiendrait bon jusqu’à la fin, parce qu’il était singulièrement fort, et installé comme je n’en avais jamais vu jusqu’alors et comme je n’en ai pas vu depuis. Le long de sa pièce principale s’étendait une série de forts crochets de fer, et une autre semblable tout le long de l’étambot. À travers ces crochets passait une tige de fer forgé très-épaisse, le gouvernail étant ainsi rattaché à l’étambot et jouant librement sur la tige. La force terrible de la mer qui l’avait arraché peut être appréciée par ce fait, que les crochets de l’étambot, qui, comme je l’ai dit, s’étendaient d’un bout à l’autre et étaient rivés de l’autre côté, furent complètement retirés, tous sans exception, de la pièce de bois.

Nous avions à peine eu le temps de respirer après cette violente secousse, qu’une des plus épouvantables lames que j’eusse jamais vues vint briser d’aplomb par-dessus bord, emportant le capot-d’échelle, enfonçant les écoutilles et inondant le navire d’un véritable déluge.




IX


LA PÈCHE AUX VIVRES.


Par bonheur, juste avant la nuit, nous nous étions solidement attachés tous les quatre aux débris du guindeau, et nous étions ainsi couchés sur le pont aussi à plat que