Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/114

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possible. Ce fut cette précaution qui nous sauva de la mort. Pour le moment nous étions tous plus ou moins étourdis par cet immense poids d’eau qui nous avait écrasés, et quand enfin elle se fut écoulée, nous nous sentîmes presque anéantis. Aussitôt que je pus respirer, j’appelai à haute voix mes compagnons. Auguste seul me répondit : — C’est fait de nous ; que Dieu ait pitié de nos âmes ! — Au bout de quelques instants les deux autres purent parler, et ils nous exhortèrent à prendre courage, disant qu’il y avait encore quelque espoir, qu’il était impossible que le brick coulât, à cause de la nature de sa cargaison, et qu’il y avait tout lieu de croire que la tempête se dissiperait vers le matin. Ces paroles me rendirent la vie ; car, quelque étrange que cela puisse paraître, bien qu’il fût évident qu’un navire chargé de barriques vides ne pouvait pas sombrer, j’avais eu jusqu’ici l’esprit si troublé que cette considération m’avait complètement échappé, et c’était le danger de sombrer que je considérais depuis quelque temps comme le plus imminent. Sentant l’espérance revivre en moi, je saisis toutes les occasions de renforcer les amarres qui m’attachaient aux débris du guindeau, et je découvris bientôt que mes compagnons avaient eu la même idée et en faisaient autant. La nuit était aussi noire que possible, et il est inutile d’essayer de décrire le fracas étourdissant et le chaos dont nous étions enveloppés. Notre pont était au niveau de la mer, ou plutôt nous étions entourés d’une crête, d’un rempart d’écume, dont une partie passait à chaque instant par-dessus nous. Nos têtes, ce n’est pas trop dire, n’étaient vraiment hors