Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/143

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j’avais pris la résolution secrète d’endurer n’importe quelle espèce de mort plutôt que d’invoquer une pareille ressource. Et cette résolution n’avait été en aucune façon affaiblie par la violence de la faim qui me travaillait. La proposition n’avait été entendue ni par Auguste ni par Peters. Je pris donc Parker à part, et priant Dieu mentalement de me donner assez d’éloquence pour le dissuader de son abominable projet, je lui fis de longues remontrances, je le suppliai ardemment, je l’implorai au nom de tout ce qu’il tenait pour sacré, je le pressai, par toutes les espèces d’arguments que me suggéra ce cas suprême, d’abandonner son idée et de n’en faire part à aucun des deux autres.

Il écouta tout ce que je lui dis sans essayer de réfuter mes raisons, et je commençais à espérer que je parviendrais à le dominer ; mais quand j’eus cessé de parler, il répondit qu’il savait que tout ce que je venais de dire était vrai, et que recourir à un pareil moyen était la plus horrible alternative qui pût se présenter à l’esprit humain ; mais qu’il avait souffert aussi longtemps que la nature le pouvait endurer ; qu’il n’était pas utile que tous mourussent quand il était possible, et même probable, que par la mort d’un seul les autres fussent définitivement sauvés ; ajoutant que je pouvais m’épargner la peine de vouloir le détourner de son projet, parce qu’il avait entièrement arrêté sa résolution là-dessus, même avant l’apparition du navire, et que c’était cette apparition seule qui l’avait empêché de faire sa proposition plus tôt.

Je le suppliai alors, si je ne pouvais pas obtenir qu’il