Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/213

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À chaque pas que nous faisions dans le pays, nous acquérions forcément la conviction que nous étions sur une terre qui différait essentiellement de toutes celles visitées jusqu’alors par les hommes civilisés. Rien de ce que nous apercevions ne nous était familier. Les arbres ne ressemblaient à aucun des produits des zones torrides, des zones tempérées, ou des zones froides du Nord, et différaient essentiellement de ceux des latitudes inférieures méridionales que nous venions de traverser. Les roches elles-mêmes étaient nouvelles par leur masse, leur couleur et leur stratification ; et les cours d’eau, quelque prodigieux que cela puisse paraître, avaient si peu de rapport avec ceux des autres climats, que nous hésitions à y goûter, et que nous avions même de la peine à nous persuader que leurs qualités étaient purement naturelles. À un petit ruisseau qui coupait notre chemin (le premier que nous rencontrâmes), Too-wit et sa suite firent halte pour boire. En raison du caractère singulier de cette eau, nous refusâmes d’y goûter, supposant qu’elle était corrompue ; et ce ne fut qu’un peu plus tard que nous parvînmes à comprendre que telle était la physionomie de tous les cours d’eau dans tout cet archipel. Je ne sais vraiment comment m’y prendre pour donner une idée nette de la nature de ce liquide, et je ne puis le faire sans employer beaucoup de mots. Bien que cette eau coulât avec rapidité sur toutes les pentes, comme aurait fait toute eau ordinaire, cependant elle n’avait jamais, excepté dans le cas de chute et de cascade, l’apparence habituelle de la limpidité. Néanmoins je dois dire qu’elle était aussi limpide qu’aucune eau calcaire existante, et la différence