Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/221

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le monarque, à notre grand étonnement, releva le nez avec une certaine expression de dédain ; mais le couteau lui causa une satisfaction indescriptible, et il commanda immédiatement le dîner.

Ce repas fut passé dans la tente par-dessus les têtes des assistants, et il consistait en entrailles palpitantes de quelque animal inconnu, probablement d’un de ces cochons à jambes grêles que nous avions remarqués en approchant du village. Voyant que nous ne savions comment nous y prendre, il commença, pour nous montrer l’exemple, à engloutir la séduisante nourriture yard par yard, si bien qu’à la fin il nous fut positivement impossible de supporter plus longtemps un pareil spectacle et que nous laissâmes voir des haut-le-cœur et de telles rébellions stomachiques, que Sa Majesté en éprouva un étonnement presque égal à celui que lui avait causé les miroirs. Nous refusâmes, malgré tout, de partager les merveilles culinaires qui nous étaient présentées, et nous nous efforçâmes de lui faire comprendre que nous n’avions aucun appétit, puisque nous venions tout justement d’achever un solide déjeuner.

Quand le monarque eut fini son régal, nous commençâmes à lui faire subir une espèce d’interrogatoire, de la façon la plus ingénieuse que nous pûmes imaginer, dans le but de découvrir quels étaient les principaux produits du pays, et s’il y en avait quelques-uns dont nous pussions tirer profit. À la longue, il parut avoir quelque idée de ce que nous voulions dire, et il nous offrit de nous accompagner jusqu’à un certain endroit de la côte, où nous devions, nous assura-t-il (et il désignait en